Baladodiffusion

, par Franck Dubois

Gwendoline QUELVEN, enseignante d’anglais au collège Jules Ferry de Mantes-la-Jolie (78), présente son activité autour de l’usage de la baladodiffusion.

Quel enseignant de langue n’a pas rêvé de reproduire l’expérience originelle du laboratoire de langues telle que nous l’avons vécue dans nos formations ? Le recyclage de cette expérience dans nos pratiques de classe n’est pas si aisé : dans le collège où j’enseigne depuis 11 ans, il existe deux salles informatiques équipées de 15 postes et d’un logiciel de traitement du son. Néanmoins, je me suis trouvée confrontée d’une part, à des difficultés logistiques : il me fallait réserver la salle informatique (à partager entre tous les collègues de l’établissement) en amont et prévoir la construction de ma séance sans toujours parvenir à l’insérer de manière fluide à ma séquence, je devais faire déplacer les élèves (on sait comme un changement de salle peut générer perte de temps et d’attention dans la routine de classe), je devais me rendre disponible afin d’accompagner les élèves à deux sur un poste dans la prise en main du logiciel au fonctionnement que je trouvais difficile d’accès pour des élèves et dans une logique excluant l’affleurement des acquis travaillés dans la séquence. J’en suis venue à la conclusion, qu’en l’état, l’outil technologique ne remplissait ni pour les élèves ni pour moi sa fonction intrinsèque d’outil, en tant qu’aide à la mise en œuvre de pratiques pédagogiques.

Il y a 4 ans, mes collègues et moi avons commencé à prospecter auprès d’entreprises commercialisant des solutions de baladodiffusion pressentant que je trouverai là l’outil que je recherchais. J’allais devoir patienter… Toutes les solutions présentées étaient soit beaucoup trop onéreuses (de l’ordre de 4000 euros), soit équipées d’un matériel sans originalité (un fonctionnement de base en lecture du format mp3, une possibilité d’enregistrement de très mauvaise qualité).

Puis, l’an dernier, grâce à l’intervention de ma Personne Ressource, j’ai appris qu’une mallette était disponible en prêt au médiapôle et en ai fait la demande. C’était exactement l’outil que je recherchais. Un logiciel de synchronisation d’utilisation simple, très intuitif et performant. Un logiciel libre, derrière lequel j’ai pu rencontrer des collègues investis et partager des retours de pratiques en vue de faire progresser ce logiciel pérenne. L’intérêt principal de ce logiciel appelé SCOLASYNCest qu’il peut fonctionner avec n’importe quel type de matériel (clés USB, baladeurs sans discrimination de marque, tablettes dans l’avenir). Ma petite révolution était en marche.

Mon équipement
Subventionnées par le Conseil Général des Yvelines l’an dernier, une collègue et moi avons pu équiper nos deux classes de deux « demies » mallettes (15 baladeurs chacune) pour 2000 euros et j’espère pouvoir compléter ma mallette de 12 baladeurs supplémentaires l’année prochaine. J’ai choisis des baladeurs Archos 24 D Vision, grand écran, lecture de son et de vidéo, fonction dictaphone de bonne qualité avec un micro apparent sous le baladeur, fonction appareil photo et vidéo (avec, il faut le reconnaître, une définition loin de celle d’un appareil photo ou d’un caméscope), fonctionnement logique, facile à expliquer, pavé tactile.

Le baladeur est un outil familier dans l’univers de nos élèves, qu’ils savent prendre en main, brancher en autonomie et y naviguer rapidement. Lors de la dernière matinée portes-ouvertes au collège, je montrais notre toute nouvelle solution de balado-diffusion et avais déposé devant les parents et élèves de CM2 un baladeur en démonstration. Les enfants n’hésitent pas une seconde à manipuler l’appareil avec une dextérité qui me laisse souvent admirative –notons que leurs parents -eux- ne faisaient que lui jeter un petit coup d’œil.

Ces baladeurs sont connectés à des HUBS (un bloc de prises USB) eux même connectés à un HUB central relié à l’ordinateur. J’ai récupéré un vieil ordinateur sur lequel j’ai téléchargé le logiciel Scolasync fonctionnant sous Linux, mais comme mes compétences en informatique ne me laissent pas suffisamment sécure, j’ai été aidée par Louis-Maurice De Sousa, conseiller de bassin.

Une fois les baladeurs connectés, le logiciel Scolasync permet en 1 clic de faire envoyer sur tous les baladeurs en même temps ou de récupérer sur l’ordinateur des documents sous de nombreux formats (vidéo, musique, prise de son, texte, photo)

Mes pratiques de classe
L’utilisation de la solution de baladodiffusion en classe a tout bonnement révolutionné mes pratiques de classe : j’utilise les baladeurs à chaque séance, plusieurs fois dans la séance avec les différents supports indiqués plus haut et dans toutes les compétences du CERCL (Cadre Européen de Référence Commun dans l’enseignement de Langues) : compréhension orale, compréhension écrite, expression écrite, expression orale en continu, expression orale en interactivité. Je peux adapter mes constructions de séance en « live » en classe : en quelques secondes je peux modifier l’activité projetée et changer de support au milieu de la séance tant l’opération d’envoi ou de récupération est rapide. Je construits mes propres ressources ou bien travaille avec des ressources existantes. A l’heure actuelle, je ne prête pas les baladeurs à la maison, mais fais le lien entre l’école et le domicile des élèves en utilisant des clés USB pour lesquelles j’utilise également le logiciel Scolasync (ce qui représente une aide considérable notamment dans la prise en charge des élèves DYS.)

Lors du salon Intertice 2013, j’ai choisi de présenter une séance de travail mettant en œuvre une tâche finale d’expression orale en interactivité (et le travail préparatoire associé) car c’est, à mon sens, la plus grande innovation afférente à l’utilisation des baladeurs. Je mesure la richesse et la nouveauté que représente la possibilité de capturer les productions de nos élèves comme un arrêt sur image –notez que je n’ai pas encore le langage adéquat pour construire cette nouvelle représentation ! Richesse quant à la capacité que peut avoir l’élève de se réécouter, de se familiariser avec sa propre voix, de critiquer sa production positivement, de se corriger. Nouveauté pour ce qui est du travail de l’enseignant pour stocker, archiver, mesurer les progrès et accompagner l’élève dans la complexification de ses compétences à froid et après coup. J’ai aujourd’hui, un répertoire par élève personnalisé de chacune des productions et qui peut être un formidable outil d’échange (avec l’élève, entre élèves, avec mes collègues)

Niveau 5ème

Document de travail :
Pairwork Workbook New Spring 5ème, Collection Lemarchand-Julié, Hachette Education 2007

Balisage de la tâche :
- A1 → Family Records. Acquis lexicaux à mobiliser : family members + adjectifs / Acquis grammaticaux : le superlatif + construction des phrases/ Acquis phonologiques : groupe de souffle dans les WH-questions et dans les réponses.
Pupil 1 : You have to draw a portrait of your partner’s family. Ask questions to know about records in his or her family, write the member of your partner’s family concerned. Pupil 2 : be ready to answer your partner’s questions.
- A2 → Family Records. Acquis lexicaux à mobiliser : family members + adjectifs + connecteurs logiques / Acquis grammaticaux : le superlatif + construction de phrases complexes/ Acquis phonologiques : groupe de sens dans les WH-questions et dans les réponses / Strategies : se justifier de manière adéquate.
Pupil 1 : You have to draw a portrait of your partner’s family. Ask questions to know about records in his or her family, take notes from his or her answers. Pupil 2 : be ready to answer your partner’s questions and say why you chose that member of your family.

Travail préparatoire :
- Pupil A & B A1& A2 : Travail en autonomie et silencieux ( 5 à 10 minutes) : compléter « dans ta famille. »

L’aide lexicale et à disposition sur le baladeur (l’élève le consulte ou pas selon ses difficultés de compréhension). C’est un fichier texte qui permet rapidement d’avoir accès au sens des adjectifs proposés dans le document de travail. Avant la solution balado, je donnais ces informations de manière globale et frontale en présentation de l’activité, cela prenait beaucoup de temps en dépit de la rapidité avec laquelle nous échangions sur le sens de ces adjectifs et ne permettait pas aux élèves d’avoir accès à la ressource une fois cette fois terminée. Cela représentait beaucoup d’informations en même temps pour les élèves travaillant sur A1 et souvent un temps inutile pour ceux travaillant sur A2.

Le deuxième volet des acquis lexicaux (Family Members a été travaillé dans une des leçons et les élèves peuvent disposer de leur lutin pour s’aider)

- Pupil A & B A1&A2 : Travail individuel et obligatoire d’entraînement à la prononciation (5 à 10 minutes) : Répétition des mots (A1) et des questions (A2).
A1 : en réactivation : répétition des mots de la leçon Family.
A2 : répétition des questions, groupe de souffle et prononciation des adjectifs au superlatif.

Document oral 1 (crée lors du travail de mémorisation de la leçon séquence précédente)
Document oral 2 (crée pour le pair-work) → workbook p 99-100 repeat the questions.WAV
Ce travail est rendu possible par l’utilisation des baladeurs en classe. Enseignant de langue vivante, nous savons comme il est possible d’envisager la répétition chorale en classe comme entraînement à la prononciation en sus du travail d’écriture phonétique. Possible mais limité, certains élèves ont du mal à jouer le jeu et se couvrent du bruit fait par les camarades en répétant en playback ce qui ne présente que peu d’intérêt pour la fixation de la formation du son. Limité d’autre part lorsqu’il s’agit de faire répéter autre chose que des mots (en répétition chorale frontale, je n’ai jamais éprouvé de réelle difficulté dans la répétition de mots tels que ceux de la leçon Family, cependant le travail devient nettement plus ardu lorsqu’il s’agit de faire répéter des phrases. Belle cacophonie et résultat peu satisfaisant).

Avec les baladeurs
Les élèves timides qui ont du mal à participer à la répétition chorale en classe entière vivent comme une désinhibition la présence du baladeur : d’une part leurs mains sont occupées (c’est tout bête mais cela compte beaucoup), d’autre part leur attention est focalisée sur la machine en mettant à distance la présence parfois intimidante des pairs, enfin ils sont guidés à leur rythme (possibilité de gérer le flux en revenant en arrière ou en recommençant). Pour terminer, ils se sentent également davantage contraints par le fait que lors de cette phase, je circule entre les îlots et fais les réajustements nécessaires (en répétition chorale frontale, il m’était difficile de me déplacer car ma voix devenait moins accessible lorsque je me trouvais de dos aux élèves et je ne pouvais me permettre d’interrompre la répétition pour corriger individuellement un élève et risquer de casser le rythme.) Pour produire les enregistrements à partir desquels les élèves travaillent, j’utilise moi-même un des baladeurs de la mallette.

Travail final : Enregistrement des productions du pair-work ( 10 à 15 minutes) Possibilité de recommencer l’enregistrement si l’élève n’est pas satisfait de sa prestation dans la limite du temps imparti.

Doc oral → Thimothé’s recording

Les deux partenaires jouent à tour de rôle l’interviewer et l’interviewé. En écoutant la production de Thimothé vous pourrez mesurez comme l’utilisation du baladeur avec une prise de son correcte permet d’avoir accès et aux questions du partenaire et aux réponses de l’élève interviewé. Pratique pour suivre la progression de l’activité. La présence des autres élèves réalisant en même temps leur pair-work en fond ne perturbe pas notre bonne compréhension des énoncés de Thimothé.

Avant la balado, ce type d’activité n’était possible qu’en période d’évaluation : je demandais aux élèves de venir à mon bureau pour faire leur production orale. Je parvenais à évaluer 6 à 8 élèves par séance et ne pouvais consacrer que deux séances grand maximum à ce travail. D’autre part, il m’était impossible d’entendre tous les élèves sur une activité identique.

Avec la balado, les élèves produisent tous lors de la même séance. Je récupère les documents en classe sur le dernier tiers de la séance, et pour les plus rapides comme Thimothé, soit nous faisons une réécoute de son enregistrement ensemble avec un feedback immédiat, soit je fais faire ce travail de feedback sur la deuxième séance en ayant fait en amont un rapide travail de correction ou bien encore à la maison en envoyant les documents sur les clés USB des élèves.
Doc oral → Thimothé’s recording corrected

Pour le travail de correction, j’utilise le logiciel de traitement du son Audacity dans ces fonctions les plus simples. Si je choisis je proposer cette activité en évaluation, je consigne les performances de l’élève sur cette grille qui sera ensuite archivée dans la pochette d’évaluation de l’élève.

A noter : comme son nom l’indique, un pair-work, est une activité réalisée à deux. Quel ennui dans une classe quand nous avons un nombre impair d’élèves ! Grâce à l’utilisation des baladeurs, j’ai pu solutionner cette difficulté, l’élève n’ayant pas de partenaire travaille à partir d’un enregistrement que j’ai effectué en amont et qui lui permet de faire l’activité tout de même. Il dispose de deux baladeurs : un pour faire son enregistrement et un deuxième qu’il utilise avec casque pour écouter les réponses aux questions qu’il a posées et les questions qui lui sont adressées.

Tant d’autres possibilités…
Cette activité de prise de parole en interactivité permet de comprendre combien l’utilisation d’une mallette de baladodiffusion facilite le travail des élèves autant que celui du professeur quantitativement et qualitativement sans représenter une surcharge de travail. C’est simplement une autre manière d’aborder l’enseignement, rendant l’élève davantage acteur et permettant ce qui jusqu’alors était impossible : l’entraînement, la capture et l’archivage des productions orales.

Mais je ne peux pas clore cette démonstration sans rappeler que les baladeurs peuvent êtres utilisés dans toutes les autres compétences du Socle :
- En compréhension orale, l’élève apprend à faire l’activité de compréhension à son rythme, en réécoutant les passages qu’il juge importants, guidé par les grilles de travail et en se soustrayant aux bruits parasites (les bruits de circulation ou de travaux de la rue, les bruits de règles qui tombent, les élèves qui éternuent ou se mouchent…) Chacun se trouve physiquement impliqué par la présence du baladeur et mêmes les élèves démissionnaires se mettent au travail. La présence du professeur permet l’accompagnement individuel, sans risquer de monopoliser la manipulation de l’outil (la stéréo) ou le rythme d’écoute (le même pour tous). Il est également possible de mieux différencier les attentes (sur le niveau A1, A2 ou B1) en proposant aux élèves soit un même support oral mais des grilles différentes, soit des supports différents ou élagués que tous les élèves travaillent en même temps.
- En expression orale en continu, l’élève apprend à se réécouter, à se corriger, à évaluer sa prestation de manière similaire au travail en interactivité. Le professeur peut se permettre de transférer toutes les productions de ses élèves sur un baladeur et peut ainsi effectuer ses corrections où il lui plaît, sans être tenu d’utiliser l’ordinateur de la salle de classe ou de la salle des professeurs.
- Dans les compétences écrites, une aide différenciée peut être apportée via les baladeurs par exemple en envoyant un fichier texte pour expliciter des consignes ou encore rappeler un contenu grammatical ou lexical. Enfin, le baladeur peut servir de déclencheur, en travaillant à partir de photos ou de vidéo (notant que ces supports peuvent être aussi utilisés comme outil de création par les élèves.)

La solution baladodiffusion représente une vraie révolution de mes pratiques d’enseignement. C’est un outil complémentaire de ceux que j’utilisais préalablement : la stéréo, le tableau, le TNI qui ont pour fonction une focalisation globale, collégiale, frontale. Les baladeurs permettent quant à eux de différencier, individualiser, acter. Depuis trois mois, depuis je j’ai pu équiper ma classe d’une mallette de baladodiffusion, mon enthousiasme ne se dément pas et fait des émules auprès des collègues de toutes matières confondues et mes élèves semblent également avoir pris la mesure de la richesse de cet outil dans ses différentes utilisations en classe. Pour reprendre l’expression d’une de mes collègues : « la balado, c’est trop d’la balle ! »